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Le Synclavier et le Fairlight propulsent la musique dans l’ère numérique

Sylvain Siclier Le Monde du 29 aout 2015

samedi 14 avril 2018Joel-Yves

Synclavier

Quel point commun existe-t-il entre The Rhythm of the Heat, par Peter Gabriel, chanson annonciatrice, en 1982, des influences des musiques du monde sur la pop, Rockit, entêtante poussée électro-funk par le jazzman Herbie Hancock en 1983, année de Relax, l’hymne disco-new wave par Frankie Goes to Hollywood, l’album de musiques électroniques Zoolook par Jean-Michel Jarre en 1984, celui, plus expérimental, du guitariste Frank Zappa (1940-1993), Jazz From Hell, en 1986, et Bad ou The Way You Make Me Feel, deux tubes pop de Michael Jackson (1958-2009), en 1987 ? Dans des approches artistiques variées, ces chansons et compositions ont vu le jour grâce au Fairlight ou au Synclavier.

Deux instruments dont les années 1980 feront souvent usage et qui font entrer les musiques populaires dans l’ère de la synthèse sonore numérique – digital music, en anglais. Avec calculateurs, processeurs, écrans d’ordinateur, disquettes pour les programmes, stylets pour sélectionner des fonctions… Un appareillage qui nécessitait un mode d’emploi « épais comme un annuaire de Los Angeles », dit, sur le site audiophile Headphone.guru, Christopher Currell, responsable du Synclavier pour Michael Jackson. Et que les artistes aient à leurs côtés au moins un assistant aussi ingénieur que musicien.

Conçus et développés à la fin des années 1970, le Synclavier et le Fairlight, s’ils possèdent l’un et l’autre un clavier (le prototype du Synclavier n’en avait d’abord pas), tiennent surtout du couteau suisse. Ces deux stations de travail peuvent enregistrer et stocker tous types de son (instruments, voix, bruits naturels, objets…) transformables à souhait ; ils sont capables de générer les séquences rythmiques les plus complexes – voire « impossibles à jouer par des êtres humains » comme le dira, enthousiaste, à propos du Synclavier, Zappa, en avril 1986, dans un entretien au magazine spécialisé Keyboards, Computers & Software – et font office de table de mixage, de montage etc. Un instrument-studio.

Rolls-Royce de la programmation musicale

Fairlight

Le Synclavier, américain, est le résultat des recherches des ingénieurs Cameron Jones et Sydney Alonso, de l’Université de Dartmouth (New Hampshire) avec le compositeur de musique électroacoustique John Appleton. Son premier modèle commercial sera mis en vente en 1978, par la New England Digital Corporation (NED), créée pour cela. Le Fairlight, australien, est dû aux travaux de Peter Vogel et Kim Ryrie. Il arrive en 1979, sous le nom de Fairlight CMI, distribué par la société Fairlight.

Ces objets coûteux – 200 000 dollars pour le plus sophistiqué de la série II du Synclavier, en 1984, 55 000 dollars pour la série III du Fairlight CMI en 1985 – ne peuvent être mis dans les mains du premier venu. Les grands studios s’équipent pour répondre aux besoins de producteurs réputés comme Trevor Horn (qui utilisa les deux, notamment avec Depeche Mode). Quelques musiciens vont en avoir à demeure. Peter Gabriel, Herbie Hancock, le bassiste et claviériste de Led Zeppelin John Paul Jones ou la chanteuse Kate Bush ont opté pour le Fairlight, et Michael Jackson ou Frank Zappa pour le Synclavier.

Les musiciens habitués des séances d’enregistrement voient d’un mauvais œil ces machines au rendu parfait sur le plan rythmique, et la justesse. Certes, Zappa enregistra plusieurs albums uniquement à partir du Synclavier, mais les deux machines, si elles permettent effectivement aux compositeurs et producteurs de multiplier sans une armée de musiciens en répétition les essais, dont les arrangements, seront surtout des générateurs de sonorités, complément à d’autres claviers et instruments.

A la fin des années 1980, ces deux Rolls-Royce de la programmation musicale, qui auront aussi eu parmi d’autres ambassadeurs créatifs, en plus des musiciens cités précédemment, Laurie Anderson, Stevie Wonder, Art of Noise, Pat Metheny ou Mike Oldfield, vont peu à peu être remplacées par des appareils plus petits, d’un maniement plus simple. Pour quelques milliers de dollars, et bientôt centaines de dollars, l’ère de l’échantillonnage à la portée de presque tous peut débuter.

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