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Cherchez l’instru

Jean-Marie Doury, Libération, le 9 février 2018

dimanche 1er juillet 2018Joel-Yves

Illustration Nate Kitch

Orchestre composé d’ordinateurs, clarinette « logique », guitare « nomad », hang... L’innovation en matière instrumentale ne s’est pas arrêtée à l’invention du saxophone ou de l’orgue hammond. Petite revue des nouveautés que nous réserve le XXIe siècle.

Elle joue des claviers debout pendant qu’il mugit dans un saxophone. La scène paraît banale. Il y a moins de deux siècles pourtant, le saxophone n’avait pas encore été inventé et le piano était en pleine mutation. Comme les éoliennes dans nos paysages, les nouveaux instruments sont les jalons des avancées technologiques de l’air du temps. De nos jours, les fabricants d’instruments travaillent avec des ingénieurs de haut vol issus des meilleures formations. Quand ce ne sont pas les étudiants eux-mêmes qui développent leur start-up à la sortie des cours. L’acoustique, la mécanique et l’informatique, à l’œuvre dans les laboratoires de recherche et développement, sont les muses modernes qui permettent aux musiciens d’avoir à disposition de nouveaux moyens d’expression.

Perry R. Cook, professeur émérite, a monté le premier laboratoire sur le son du département d’informatique de l’université de Princeton, dans le New Jersey. Il parle depuis sa retraite californienne, où il s’adonne toujours à la musique en associant technologie et invention. Comme avec le Laptop Orchestra, un orchestre high-tech créé avec ses étudiants et qui utilise des ordinateurs portables dans les prestations scéniques. « L’ordinateur, c’est tous les instruments en même temps. » Il ajoute en bémol : « Je crains que les concerts ne soient pas aussi intéressants que ceux avec un vrai orchestre. Parfois, nous autres universitaires, nous sommes juste contents d’inventer et d’expérimenter pour nous-mêmes. Il y a une différence entre une évolution et une révolution. »

Notes arabisantes

L’évolution est un ajustement fait sur instrument déjà existant. Certains compositeurs ou instrumentistes en sont à l’origine. A la fin des années 60, par exemple, le trompettiste d’avant-garde Don Ellis demanda à son fournisseur Holton la trompette à quatre pistons qui lui permettrait de jouer les quarts de ton typiques des musiques orientales ou indiennes. Toujours d’actualité, bien que diffusé seulement à petite échelle par certains fabricants pour une poignée d’amateurs, c’est sur un instrument similaire qu’Ibrahim Maalouf propulse des notes arabisantes - impossibles à jouer sur une trompette classique.

Mais un facteur d’évolution peut aussi naître de contraintes imposées. Depuis janvier 2017, les fabricants de guitares sont sommés par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) d’y aller doucement sur la nature. Des matériaux composites sont alors devenus des planches de survie nécessaires pour remplacer les essences de bois prohibées. Certains luthiers avaient devancé l’appel et, paradoxalement, trouvé aux matières époxies des résonances intéressantes. A contrario des changements et des ajustements qui apportent une évolution, c’est avec la création d’un moyen d’expression totalement innovant et inédit, comme le fut en son temps l’invention d’Adolphe Sax, que la révolution prend place dans la musique. « Après l’ordinateur, les smartphones et les tablettes, pour qui l’on développe des applications qui en font des instruments portables, la réalité virtuelle et la réalité augmentée sont les prochains chapitres de l’écriture musicale », professe Perry R. Cook.

Glissandos sur piano

Prix du public au concours Guthmann en 2013 - concours dédié aux nouveaux instruments par le Centre de recherche sur la musique de la Georgia Tech, l’institut de technologie de Georgie (Etats-Unis) - le Seaboard de la société britannique Roli a été développé par un élève de Cook. L’inventivité de ce mini-piano vient de son clavier souple qui permet d’effectuer des glissandos comme sur une corde de violon. Un piano futuriste, que l’on branche sur une carte son d’ordinateur et que les producteurs et musiciens attendaient probablement avec impatience, au vu du succès rencontré. Avec une apparition dans le film La La Land et Pharrell Williams, producteur qui transforme le son en dollars, comme récent directeur de la création - et probablement investisseur -, cet objet s’installe tranquillement mais sûrement dans les habitudes de la production musicale.

La plupart des musiciens - pros, amateurs éclairés ou novices - ne pourraient pas se passer d’avoir un ordinateur dans leur arsenal. Que ce soit pour la production, c’est-à-dire le mixage des pistes sonores, ou pour la création pure. Et il suffit parfois d’une extension pour que s’additionnent les possibilités. En ce sens, la création de la jeune Israélienne Orit Dolev apparaît comme le rêve du guitariste souhaitant voyager sans encombres. Couronné par de prestigieux prix de design, le Nomad se présente avec un manche en bois pour rappeler les sensations d’une bonne vieille Stratocaster, mais sans le corps, avec sur le devant une touche en silicone et des simili cordes en relief sur lesquelles on joue de manière classique pour activer la partie numérique. Ajoutez un élégant support pour protéger le dessus, et vous pouvez déjà vous projeter en train de faire vos gammes dans le métro en lui branchant tout simplement des écouteurs. Des éléments téléchargeables devraient permettre la modulation du son voulu. L’équipe de Nomad a répondu par écrit à nos questions : « Passer du prototype à la production de masse implique une ingénierie mécanique, électrique, de programmation, et acoustique énorme. […] Nous avons été approchés par des sociétés mais nous ne pouvons pas en dire plus. » Leur site présente une communication millimétrée à l’attention de la génération des millenials. La valeur n’attendant pas le nombre des années, mais la viabilité économique dépendant du nombre de personnes susceptibles d’être touchées dans un marché potentiellement énorme, on peut se demander, côté marketing, s’il est vraiment bon d’écarter une frange entière d’utilisateurs potentiels. A savoir ceux qui auraient fait leurs classes avant la création du Net…

Matériaux composites

En matière de recherche et développement, les Français ne sont bien sûr pas en reste. Avec la société Buffet-Crampon, connue pour ses clarinettes depuis le XIXe siècle et qui n’a pas hésité à incorporer les matériaux composites dès les années 90 dans un marché aux clients réputés conservateurs, l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam), l’institution de référence en ce qui concerne la recherche sur les avancées musicales, a lancé un projet de « clarinette logique », financé par l’Agence nationale de la recherche. Pourrait-on regretter un manque d’ambition commerciale ? Une impulsion complémentaire qui permettrait à l’industrie de diffuser la qualité du savoir-faire des cerveaux français ?

Le Japon entend les choses d’une autre oreille. Tout récemment mis à la vente, le Venova du géant Yamaha apparaît comme la finalisation de cette nouvelle clarinette en étude à l’Ircam. Idekata Himai s’occupe de sa promotion sur le marché nippon : « La moindre petite modification affecte la jouabilité d’un instrument de musique, son accord. Malgré toute la rationalité nécessaire, nos ingénieurs ont eu à contourner des problèmes inattendus. » Les mêmes contraintes semblent donc avoir été détournées avec une touche de créativité. Auréolé d’un prix de design, accessible, stylé, en matériaux nouveaux avec un doigté simplifié emprunté aux caractéristiques de la flûte à bec, cet instrument hybride pourrait bien signer la fin du cauchemar des cours de musique en primaire et au collège. Mais permettre aussi à des musiciens de jouer sur la plage dans des jams improvisés sans avoir peur d’emporter un instrument à vent classique, beaucoup plus onéreux.

Bien qu’issus de recherches de plus en plus complexes, les nouveaux instruments ne sont pas forcément synonymes d’électronique embarqué. A Bern, en Suisse, la société familiale Panart crée avec succès des percussions novatrices issues d’un métal composite. Le hang, sorti de leur atelier en 2000, a fait beaucoup de bruit. Felix Rohner, son créateur, se pose comme le gardien du temple d’une certaine philosophie mélomane : « Les instruments que

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