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Charles Burnett et les feux du Diable (Devil’s Fire)

Julie Anterrieu, Film de culte, le 28.04.2004

mardi 8 mai 2018Joel-Yves

Affiche Devil’s fire

Charles Burnett explore sa propre enfance et sa découverte du Blues lors de ses séjours dans le Mississippi des années 50.

IMPRESSION DE BLUES

En signant ce quatrième opus des documentaires sur le Blues produits par Martin Scorsese, Charles Burnett suit à la lettre la consigne de départ : traiter d’une certaine émergence du Blues d’une manière tout à fait personnelle et passionnée. Son idée principale était dans un premier temps de construire son film de telle sorte que sa forme même « fasse écho au Blues ». Pour ce faire, il mélange éléments de fictions, scènes de reconstitution, images d’archives, voix off. Il replace différentes formes de Blues issues du Mississippi dans leur contexte historique, n’hésitant pas à jeter à l’œil du spectateur des photos d’époque prises dans les champs de coton, les camps volants de consolidation des digues mis en place après la grande inondation du Mississippi, les forçats enchaînés, les pendaisons du Ku Kux Klan. Il crée ainsi un cadre de base, un matériau fixe, dans lequel il laisse s’introduire une grande part de jeu, comme le fait le Blues. A chaque extrait de documentaire, il appose une anecdote fictionnelle ou reconstituée, dépassant ainsi le simple stade informatif. C’est un mode de vie et de pensée que le réalisateur donne à voir à travers les yeux et le ressenti de ce jeune garçon en proie aux contradictions de son oncle, du Blues et de la morale bien pensante du sud américain des années cinquante.

« DES TETONS GROS COMME LE BOUT DE TON POUCE »

Le Blues, art de la contradiction, chant du diable (en opposition au Gospel, littéralement « parole divine ») et des femmes de petite vertu distillant dans leurs airs des mots jugés bien trop crus pour être écoutables. C’est cette idée que Charles Burnett a choisi de traiter dans ce film au titre déjà évocateur. A travers ses différents personnages (Oncle Buddy, bluesman coureur de jupon, Oncle Elm, prédicateur à cheval sur les principes, et un jeune garçon venu sauver son âme par le baptême, qui ne sait que choisir entre le Blues et le Gospel) et les figures emblématiques du Blues choisies ici (Son House, Sister Rosetta Tharpe, Reverend Gary David), ce semi documentaire met en exergue la relation complexe qu’entretenait cette musique émergente et l’Eglise. Un rapport entre sacré et profane maintes fois chamboulé par des artistes qui n’hésitaient pas à naviguer constamment entre Gospel et Blues au gré de leur émancipation. De ce thème découlera évidemment le statut très particulier des chanteuses de Blues, dont notamment Bessie Smith et ses suivantes, comme Gertrude Ma Rainey ou Ida Cox, qui sont ici largement évoquées. Issues du Music-hall, tout en étant considérées comme des traînées pour traiter ouvertement de sujets profondément féminins, elles ont eu un impact considérable sur le développement de la musique, lui apportant une certaine créativité et un professionnalisme que ne possédaient pas les bluesmen.

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ENTRE GOSPEL ET BLUES

Angel or Devil, I was thristy and you wet my lips Dès son émergence, le Blues est apparu comme en opposition au Gospel, pourtant la limite entre les deux n’est pas si nette que l’on pourrait le croire. Les Spirituals sont apparus dès les débuts de la colonisation de l’Amérique du Nord, lorsque les Protestants se sont peu à peu installés. En instaurant parallèlement une liberté absolue de culte, ils ont mis en place un nombre incalculable d’églises en pleine campagne, à ciel ouvert ou sous des toiles de tente. Ces réunions dans la nature s’opposent aux églises établies et hiérarchisées, se plaçant comme une expression communautaire des pauvres et des méprisés, considérés alors comme les « vrais Chrétiens ». Peu à peu, ces manifestations se voient monopolisées par les esclaves noirs, christianisés dès leur arrivée sur le continent Américain, qui développent une plus grande implication dans leurs actes de foi, accompagnant leurs prêches de danses et de chants. Lors de l’abolition de l’esclavage, des églises noires séparées se mettent en place, transformant le pasteur d’une paroisse en figure centrale des groupes sociaux afro-américains.

I went out walking under an atomic sky Vers la fin du XIXe siècle, la James D. Vaughan Organization et les écoles chantantes Stamps-Baxter envoient des professeurs dans les communautés isolées pour enseigner la musique et les hymnes. Ces professeurs restent une à deux semaines dans les zones visitées, apprenant aux habitants des airs issus du folk, avec des phrases et des sujets relativement simples à apprendre par cœur. Ce principe va connaître un succès flamboyant dans les Etats du Sud et de l’Ouest, voyant émerger une nouvelle forme de prédicateurs chantants, munis de leur Bible et de leur guitare, faisant le tour des communautés noires du Sud. De ce mélange entre le folk et les Spirituals vont naître peu à peu les différents styles de musiques rurales américaines comme la Country et le Blues.

BLUES FEMININ

Les chanteuses de Blues, appelées généralement les Classic Blues Singers, ont eu un impact très important dans le développement du genre. Enregistrant leurs premiers albums dès les années 20, elles ont joui d’une très grande popularité. Presque toutes issues du Music-hall, elles mélangeaient sur scène des airs populaires de l’époque avec des morceaux de Jazz ou de Blues. Diction claire, bon anglais, voix suaves et sophistiquées, gémissements du plus bel effet et silhouettes enivrantes, ces jeunes femmes développaient un jeu de scène des plus remarquables, permettant à certaines de tourner dans des films hollywoodiens.

Bessie Smith (1895 – 1937) Bessie est engagée très jeune dans des spectacles itinérants de vaudeville et obtient rapidement la reconnaissance du public grâce à sa voix de contre alto très puissante, son charisme et son registre très orienté vers le Blues, qui touche aussi bien les Noirs urbains que ceux du Sud rural. Dans les années 20, elle accède au statut de super star du Blues, mais ses problèmes personnels prennent peu à peu le devant de la scène et elle touche le fond à partir de 1929. En 1933, le producteur John Hammond décide de lui donner une nouvelle chance en lui permettant d’enregistrer de nouveau et en l’installant sur scène à l’Apollo Theatre de New York. Mais la jeune femme sera victime d’un accident de voiture en 1937 sans avoir retrouvé sa gloire des années 20.

Gertrude Ma Rainey (1886 – 1939) L’une des influences les plus importantes pour les blueswomen et bluesmen des années 50, Gertrude était réputée pour sa présence scénique hors du commun et ses intonations profondes. Corpulente, chargée de bijoux en or et en diamants, elle a également enregistré ses premiers disques dès les années 20, profitant par la suite de son succès pour acheter et créer dans le Sud un réseau de salles de spectacles dédiées au Blues.

Victoria Spivey (1906 – 1976) Sa beauté sculpturale, sa voix acide, ses manières osées et ses textes sarcastiques ont fait de la texane Victoria Spivey l’une des figures de proue du Blues féminin, des années 20 jusqu’à la fin de sa vie. Son approche plus rude du Blues, en comparaison avec les autres chanteuses de son époque, lui ont permis de se démarquer et d’imposer certains de ses titres comme des grands classiques. Dans les années 60, lors du Blues Revival, elle va créer à New York son propre label, Spivey Records, dans le but de produire de jeunes talents. L’un de ses premiers protégés sera Bob Dylan.

Sister Rosetta Tharpe (1915 – 1973) Rosetta Nubin est la fille d’une évangéliste missionnaire, qu’elle accompagne à la guitare dans ses tournées dès qu’elle est en âge de jouer. Très jeune, elle épouse le diacre de l’Eglise Pentecôtiste de Pittsburg et devient Rosetta Thorpe. Avec sa mère et son mari, chanteur et joueur de ukulélé, ils forment un trio répandant la bonne parole dans toutes les églises du Sud. Puis, soudainement, ils disparaissent tous trois et Rosetta ne réapparaîtra que l’année suivante dans un cabaret de Harlem, sous le nom de Rosette Tharpe, puis, son charisme et son charme aidant, dans l’orchestre de Cab Calloway. De 1938 jusqu’à sa mort en 1973, elle enregistrera un grand nombre de chansons aux paroles tournées vers le sacré, mais dans des tonalités délibérément inspirées du Jazz et du Blues. De plus, son puissant jeu de guitare va inspirer de nombreux bluesmen et countrymen dont notamment B.B. King et Johnny Cash.

Trailer : Devil’s Fire de Charles Burnett VOstFR

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