Avec « The blues album » JOANNE SHAW TAYLOR revient aux sources de son inspiration

Album StudioJoanne Shaw Taylor
Joanne Shaw Taylor : The blues album (2021)

Depuis ses débuts en 2009, fortement inspirés par le british blues, Joanne Shaw Taylor (JST) a fait évoluer ses compositions, au cours de ses six albums studios, vers un blues-rock où la partie rock s’est imposée progressivement. Le précédent opus, Reckless Heart, publié en 2019 était fortement teinté de rock. il avait été enregistré à Détroit et produit par Al Sutton (Greta Van Fleet, Kid Rock). La force de JST est son jeu de guitare inventif qui évite les clichés, doublé d’une voix émotive, puissante et éraillée à souhait. Peut-être pas assez mise en avant jusqu’à présent.

Celui-ci pourrait paraître comme étant à la croisée des chemins. Une espèce de retour aux sources. Pour bien faire les choses, la guitariste s’est associée avec Joe Bonamassa, que l’on ne présente plus et Josh Smith à la production. La galette a été enregistrée aux Ocean Way Studios à Nashville et sortira sur le label blues indépendant de Joe Bonamassa, KTBA Records

The Blues Album réunit Josh Smith (guitare), Reese Wynans (claviers), Greg Morrow (batterie), Steve Mackey (basse), Steve Patrick (trompette), Mark Douthit (sax), Barry Green (trombone). Joe Bonamassa joue de la guitare et chante sur le titre « Don’t Go Away Mad ». Mike Farris est également présent en tant qu’invité spécial sur « I Don’t Know What You’ve Got ».

L’album comporte est composé de onze titres de blues, enregistrés à l’origine par des artistes peu connus comme Little Village, Little Milton, The Fabulous Thunderbirds ou James Ray mais aussi des artistes plus connus comme Albert King, Peter Green, Little Richard, Magic Sam, Aretha Franklin, et bien d’autres. Mais Joanne Shaw Taylor joue la prudence dans le choix des chansons qu’elle adapte à son style. Elle évite de s’attaquer aux morceaux figés dans les mausolées adorés par les exégètes tout en présentant des qualités d’écritures indéniables comme certaines faces B de singles.

Joanne Shaw taylor au Royal Albert Hall

L’opportunité de travailler sur cet album s’est présentée pendant la pandémie de la COVID19 qui a contraint stopper toute expression scénique pour les musiciens.

Nous connaissons Joanne Shaw Taylor en tant que guitariste volcanique mais aussi comme chanteuse dynamique et émotive. Dans The Blues Album, elle se concentre sur sa voix d’une manière différente. En bon producteur, Joe Bonamassa s’est fixé comme objectif de mettre en avant ses qualités de chanteuse sans laisser ses talents de guitariste prendre le dessus. En conséquence, The Blues Album trouve un bel équilibre et s’écoute avec plaisir.

JST démarre l’album avec une reprise assez brutale d’une chanson du Fleetwood Mac époque Peter Green : « Stop Messin’ Around ». C’est un shuffle parfait qui puise directement dans le son blues britannique de la fin des années 60. Sa voix est électrique et audacieuse, elle souffle l’émotion sans lequel le blues ne peut exister. Elle fait également preuve d’un jeu de guitare gémissant et bien phrasé.

« If That Ain’t A Reason » de Little Milton figure sur cet album sur une suggestion de Joe Bonamassa. L’interprétation qu’en fait JST est funky et amusante. Elle fait briller sa voix au micro. Le jeu du froupe est solide et profond. Il donne à la chanteuse l’assise musicale dont elle a besoin pour s’exprimer et développer son talent.

Joanne Shaw Taylor - "If That Ain’t A Reason"

« Keep On Lovin’ Me » est une chanson d’Otis Rush et Magic Sam dont JST exploite le groove grâce à sa voix extrêmement émotive et sa guitare puissante. Elle déploie un jeu bien typé "Chicago blues", plus rapide et agressif et moins émotif que celui d’Otis Rush

Avec « If You Gotta Make A Fool Of Somebody » d’Aretha Franklin, on change de registre. S’attaquer à un tel monument est pour le moins courageux. Mais la voix de JST est à la hauteur du défi. Son amour pour cette chanson ressort dans ses performances vocales et guitaristiques et montre qu’elle peut gérer un slow-burner comme celui-ci aussi bien que les airs up-tempo. Sa passion et sa douleur donneront aux auditeurs de doux frissons et font de cette chanson l’une des meilleures de ce nouvel album. Pour mémoire ce n’est pas la première fois qu’elle s’attaque à un monument de la musique américaine. On peut se souvenir de son interprétation, très personnelle, du Summertime de G. Gerschwinn sur son album « Wild » (2016)

Little Village était un groupe éphémère formé au début des années 1990 qui comprenait,entre autres, John Hiatt et Ry Cooder. JST a choisi s’interpréter leur chanson « Don’t Go Away Mad », dont elle partage la voix avec Joe Bonamassa. À première vue, ce ne pourrait pas être un vrai blues, jusqu’à ce que l’on entende les solos de guitare, également interprétés par les deux artistes.

Joanne Shaw Taylor - photo Christie Goodwin

« Scraps Vignette » est un interlude instrumental où Joanne exécute l’un de ses solos incomparables et se confronte au jeu de Josh Smith..

« Can’t You See What You’re Doing To Me » écrit par Albert King est un autre choix audacieux, mais JST réussit à se l’approprier tout en témoignant à l’auteur le respect qu’il mérite. Elle déploie un superbe jeu de guitare et un chant à la hauteur. L’esprit d’Albert King est présent. JST met tout son cœur dans l’interprétation de ce blues devenu un classique.

« Let Me Down Easy » développe ambiance soul et douce définie par les accords de guitare et les lignes de cuivres impeccables. Un seul regret : l’outro de la guitare est trop frénétique, ruinant l’ambiance soul créée tout au long de la chanson.

Joanne Shaw Taylor - "Let Me Down Easy" - Official Music Video

JST reprend « Two time my lovin’ » en respectant l’esprit des Fabulous Thunderbirds, époque Jimmie Vaughan, mais en y insufflant sa sensualité et la chanson ne s’en porte que mieux.

« I Don’t Know What You’ve Got » est à l’origine une ballade en face B enregistrée par Little Richard. Mais avec le jeu de guitare et la voix de Joanne Shaw taylor, aux côtés de Mike Farris, elle renait.

Joanne Shaw Taylor

« Three Time Loser » présente un solo de piano étonnant et probablement les performances vocales les plus puissantes de Joanne sur l’album.

Joanne Shaw Taylor évolue et continue de grandir aussi bien musicalement qu’au chant entre chaque album. Ses tournées sans fin et ses rencontres scéniques ou en studio avec des artistes plus expérimentés l’aident dans son cheminement artistique. S’inspirer intelligemment de ce qui a été déjà fait pour créer est la marque du talent. Les qualités musicales intrinsèques à cet album le montrent bien.L’équilibre guitare - voix se fait bien. Principalement dans les morceaux d’inspiration soul. On regrettera juste la présence un peu trop envahissante des cuivres sur certaines chansons ?

Joanne Shaw Taylor – Stop messin’ round

Piste Titre Auteur Interprète Durée
1 Stop Messin’ Round Clifford Adams / Peter Green Joanne Shaw Taylor 03:37
2 If That Ain’t a Reason Donald Davis / Marshall Jones / Carl Smith Joanne Shaw Taylor 04:00
3 Keep On Lovin’ Me Otis Rush Joanne Shaw Taylor 04:07
4 If You Gotta Make a Fool of Somebody Rudy Clark Joanne Shaw Taylor 04:10
5 Don’t Go Away Mad Ry Cooder / John Hiatt / Jim Keltner / Nick Lowe Joanne Shaw Taylor 02:49
6 Scraps Vignette Josh Smith Joanne Shaw Taylor 01:27
7 Can’t You See What You’re Doing to Me Albert King Joanne Shaw Taylor 04:25
8 Let Me Down Easy Maurice Dollison Joanne Shaw Taylor 04:50
9 Two Time My Lovin’ Kim Wilson Joanne Shaw Taylor 04:34
10 I Don’t Know What You’ve Got Don Covay / Horace Hall Joanne Shaw Taylor 04:49
11 Three Time Loser Don Covay / Ronald Miller Joanne Shaw Taylor 04:50

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