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Angela Davis, blues et conscience politique

Fara C., L’Humanité le 13 avril 2018

mardi 1er mai 2018Joel-Yves

Blues et féminisme noir - Angela Davis

Blues et féminisme noir, d’Angela Davis. Avec son livre l’auteure met en lumière, dans l’art de chanteuses de blues, les germes du féminisme noir et d’une conscience de classe. Un chef-d’œuvre de pensée.

Avec le livre Blues et féminisme noir, traduction par Julien Bordier de Blues Legacies and Black Feminism (1998), Angela Davis livre les fruits d’un travail titanesque. À travers trois chanteuses majeures, Gertrude « Ma » Rainey (1886-1939), Bessie Smith (1894-1937) et Billie Holiday (1915-1959), elle met en lumière, pour la première fois de façon aussi minutieuse et judicieuse, les germes du féminisme noir, mais aussi la dimension de classe que celui-ci a portée en lui. Il ne s’agit pas d’attribuer à ces trois artistes un féminisme tel qu’il existe depuis un demi-siècle, ce qui serait anachronique et dénué de sens. Dans leur expression artistique, en premier lieu dans leurs chansons, Angela Davis déchiffre « les allusions aux attitudes féministes qui émergent, au travers de brèches taillées dans le discours patriarcal ».

Billie Holiday

Il est captivant d’avancer pas à pas au sein de ce précieux héritage

Cela a nécessité un énorme labeur au niveau du collectage des chansons et de la transcription des paroles, la piètre qualité de certains enregistrements rendant la tâche ardue. On peut télécharger, sur www.editionslibertalia.com, l’intégralité des textes (soit 261 pages !), relevés dans l’édition américaine du livre. Il est captivant d’avancer pas à pas au sein de ce précieux héritage, avec les clés de compréhension que fournit Angela Davis. En complément de l’étude elle-même, Blues et féminisme noir contient des photos d’archives, une bibliographie édifiante (20 pages listant ouvrages, travaux, articles et films consultés), un index des personnalités et chansons citées (6 pages) et, enfin, un CD de 18 titres gravés par Gertrude « Ma » Rainey et Bessie Smith. Cette richesse intellectuelle et culturelle, à laquelle on a accès pour 20 euros, mérite notre plus grande attention.

Roots of Blues — Ma Rainey „Booze And Blues"

Angela Davis répond en mettant au centre de sa pensée la dignité de ces chanteuses

La légendaire activiste des droits de l’homme et de la femme replace l’art de Rainey, Smith et Holiday dans le contexte historique et social de la première partie du XXe siècle. Elle élargit considérablement la grille de compréhension que nous pouvons en avoir. « Étant donné la densité de l’histoire de l’esclavage et de la ségrégation aux États-Unis, il est compréhensible que la conscience sociale noire soit surdéterminée par la question raciale », souligne-t-elle. Les femmes noires furent les premières à enregistrer du blues. « En 1920, la version de Crazy Blues (…), interprétée par Mamie Smith, s’écoula à 75 000 exemplaires dès le premier mois de sa sortie. » Ce succès a ouvert la porte à maintes chanteuses noires, telles Gertrude « Ma » Rainey (surnommée la « mère du blues ») et Bessie Smith (« l’impératrice du blues »), à partir desquelles Angela Davis analyse les politiques de la contestation blues.

Bessie Smith - St. Louis Blues (1929)

Passionnant est le chapitre consacré à la question sociale dans les chansons d’amour de Billie Holiday. Lady Day, qui déployait un véritable génie de l’interprétation, parvenait à imprimer à des paroles apparemment banales une émotion si juste, si prégnante : il s’en dégageait un sens plus profond qu’il n’en paraissait sur la société. Angela rappelle que Billie a participé en 1944 à un concert de soutien aux Associated Communist Clubs of Harlem. Apothéose finale, elle analyse l’emblématique chanson dénonçant le lynchage des Noirs Strange Fruit, « que Billie Holiday appelait son propre “cri de révolte” contre le racisme ». Au misérabilisme d’un certain nombre de biographies, Angela Davis répond en mettant au centre de sa pensée la dignité de ces chanteuses.

Blues et féminisme noir, d’Angela Davis. Libertalia, 404 pages + un CD de 18 titres, 20 euros.

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