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« The Soul of a Man » : a travers le temps, le cinéma ressuscite trois musiciens américains oubliés

Thomas Sotinel, Le Monde du 13.01.2004

dimanche 1er avril 2018Joel-Yves

« The Soul of a Man »

Le nouveau film de Wim Wenders est à la fois un chapitre d’une œuvre collective - la série consacrée au blues initiée par Martin Scorsese - et le troisième volet d’une trilogie de films musicaux que le réalisateur d’ Au fil du temps avait commencée avec Buena Vista Social Club et poursuivie avec Viel Passiert(long métrage consacré au groupe allemand BAP) resté inédit en France. Œuvre hybride donc, à la fois commande et continuation d’un vagabondage qui tient Wenders éloigné de la fiction depuis quelques années.

A l’entrée de l’immense territoire du blues, Wenders a choisi de suivre les pas de trois hommes : Blind Willie Johnson, Skip James et J. B. Lenoir. Le premier est une légende - on ne connaît de lui qu’une photographie, et les circonstances de sa vie et de sa mort, en 1947, sont obscures ; le deuxième aurait pu connaître le même destin, mais, alors qu’il avait arrêté d’enregistrer depuis les années 1930, Skip James fut retrouvé dans un hôpital et remis en scène au Festival de Newport en 1964 pour mener, au long des cinq années qui ont précédé sa mort, la vie d’un musicien professionnel ; quant à J. B. Lenoir, artiste urbain (de Chicago), il fut fauché par une automobile en 1967, à 38 ans, au moment où ses contemporains Willie Dixon ou Muddy Waters connaissaient une immense popularité auprès de la jeunesse blanche américaine.

Une sainte-trinité obscure faite d’une énigme, d’un revenant et d’une comète, donc, pour ce film consacré à la mise en scène d’hommes presque invisibles. Face à cette tâche ardue, Wim Wenders multiplie les méthodes de capture. La courte vie de Blind Willie Johnson est évoquée en images noir et blanc, tournées à l’aide d’une caméra à manivelle. Ces séquences retrouvent le clignotement du muet, mettent en scène un monde (la vie des Afro-Américains du delta intérieur du Mississippi) que le cinéma américain ignorait résolument à l’époque.

The Soul Of A Man - Bande Annonce (VOST)

ÉCHOS CONTEMPORAINS

Ces lambeaux de fiction montrent Johnson, puis Skip James enregistrant en quelques heures les titres qui devaient trente ou quarante ans plus tard les rendre célèbres dans le monde entier (Led Zeppelin a enregistré Nobody’s Fault but Mine du premier, la reprise deI’m so Glad par Cream permit à Skip James de payer sa note d’hôpital) sans en tirer plus de quelques dollars.

Ces images alternent avec celles de musiciens contemporains (Cassandra Wilson, Beck, Nick Cave...) reprenant le répertoire des bluesmen. On pourrait croire à de simples captations, mais la mise en scène de ces enregistrements (pour la plupart en studio) révèle une empathie parfaite entre le cinéaste et les musiciens.

Et, surtout, ces séquences contemporaines prennent une profondeur inattendue lorsqu’elles se fondent - à l’écran et sur la bande sonore - dans les originaux, vieux maintenant de presque trois quarts de siècle, grésillant de tous les outrages que le temps a infligés aux 78-tours et pourtant imprégnés d’une irrépressible vitalité.

En avançant dans le temps, qu’il évoque la résurrection de Skip James ou la carrière de J. B. Lenoir, Wim Wenders ne ressent plus la nécessité de la fiction et se bat avec les armes classiques du documentaire - images d’archives et entretiens. On voit le vieux Skip chanter de sa voix de tête, jouer de la guitare avec une virtuosité confondante. Le voile de la légende se déchire un peu, et encore... Le manager de Skip James dans les années 1960 explique qu’il n’a aucune idée de la manière dont le musicien a passé les trente ans qui séparent sa disparition de sa redécouverte.

Le chapitre consacré à J. B. Lenoir est encore d’une nature différente. Le musicien était d’une espèce rare : un bluesman engagé, qui brocardait la prospérité sélective de l’ère Eishenhower et, plus tard, chantait le deuil des enfants des ghettos morts au Vietnam.

Aux images d’actualité qu’appellent ces chansons, Wenders ajoute une trouvaille : les films tournés par un couple américano-suédois, les Seborg, qui s’étaient liés d’amitié avec Lenoir. A la fois émouvantes et ridicules, ces vignettes donnent du musicien une image prodigieusement séduisante.

Cette énumération suffit à donner une idée de l’assemblage hétéroclite qu’est ce film. Et pourtant, même s’il boitille de temps en temps, un seul souffle traverse The Soul of a Man, l’amour de Wenders pour le blues.

Documentaire germano-américain. (1 h 39.)

Blind Willie Johnson-The Soul Of A Man

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