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Le saxophone : une histoire à couper le souffle

Nathalie Moller, France Musique le 18.02.2018

mardi 5 juin 2018Joel-Yves

Saxophone

Le saxophone est l’un des instruments les plus populaires du XXe siècle. Maurice Ravel, John Coltrane ou encore les Beatles : tous l’ont adopté !

« C’est plein, moelleux, vibrant, d’une force énorme » : ce sont bien les mots choisis par le compositeur Hector Berlioz pour décrire le son du saxophone, dans le Journal des Débats, le 12 juin 1842.

Car le saxo, comme le surnomment affectueusement les musiciens, n’est pas né avec le jazz. Il est apparu au XIXe siècle et son créateur Adolphe Sax voulait d’ailleurs en faire un grand instrument de l’orchestre.

De l’ambition de son inventeur à sa réappropriation par les jazzmen, les Pink Floyd ou les Beatles, voici la petite histoire du saxophone, un instrument à mille facettes !

Paul Desmond — Take Five

Le saxo, c’est du vent !

Prenons garde aux raccourcis : ce n’est pas parce que le saxophone est fabriqué en laiton (mélange de cuivre et de zinc) ou en argent qu’il appartient à la famille des cuivres !

Bec d’un saxophone ténor, avec anche simple

Le saxophone se classe parmi les instruments à vent de la famille des bois, et ce, parce que son bec possède une anche, soit une petite lamelle qui, sous l’effet de l’air expiré par le musicien, vibre et produit ainsi du son.

Adolphe, père des Sax

Louis de Béchameil trouva la recette d’une fameuse sauce, la famille Jacuzzi mit au point un bain chauffant thérapeutique, Eugène Poubelle fabrica l’objet du même nom… Adolphe Sax, lui, créa le saxophone.

Né d’un père facteur d’instruments, Adolphe Sax ne se lasse pas de chercher, d’expérimenter, de perfectionner les instruments de l’entreprise familiale… C’est ainsi qu’au début des années 1840, il donne naissance à un nouvel instrument : le saxophon (qui n’a pas encore reçu son e).

Portrait d’Adolphe Sax. Collection de la Philharmonie de Paris

Au coeur de la révolution industrielle

En 1841, Monsieur Sax présente son saxophon au jury de l’Exposition de l’industrie belge. Une exposition industrielle et non un concert ou salon musical, car son invention s’inscrit bien dans la lignée des grandes innovations de son siècle.

Au XIXe, la facture d’instrument européenne vit une véritable mutation. Les fabricants s’inspirent des innovations mécaniques (la machine à vapeur, par exemple), se mettent à utiliser des matériaux différents (du métal pour les flûtes, entre autres), ce qui donne parfois naissance à de tous nouveaux instruments : le cor à pistons, le tuba et… le saxophone !

Dans le rapport de l’Exposition de l’industrie belge (1841), on peut ainsi lire : « Le premier facteur belge qui fit des efforts efficaces pour parvenir à cette émancipation industrielle fut M. Sax ». Adolphe Sax, fierté industrielle nationale. Sauf que l’inventeur va plier bagages pour Paris…

Monsieur Sax à Paris

Car c’est à Paris que se trouve le fleuron de la facture instrumentale du XIXe siècle. Le compositeur et critique musical Hector Berlioz surveille d’ailleurs de près cette petite révolution. Dans la deuxième édition de son Traité d’instrumentation parue en 1855, il ne manque pas de passer au crible les nouveaux instruments de son époque, ceux de Monsieur Sax, notamment.

A propos du saxophone, Berlioz se montre très enthousiaste. Il n’en faut pas plus pour convaincre Adolphe Sax de s’installer à Paris. Il ouvre sa propre fabrique, rue Neuve-Saint-Georges, et affronte vaillamment la rivalité des facteurs d’instruments parisiens, déjà bien installés, et méfiants vis-à-vis de cet ambitieux ‘étranger’.

Du saxophone dans l’orchestre

« Ces nouvelles voix données à l’orchestre possèdent des qualités rares et précieuses », écrit Berlioz à propos des instruments de Monsieur Sax.

Vous avez bien lu : l’instrument d’Adolphe Sax est donné « à l’orchestre ». Car si on entend d’abord (et majoritairement) le saxophone parmi les instruments des fanfares militaires, il est aussi adopté par les ‘grands’ compositeurs.

Hector Berlioz en premier lieu, l’utilise dès 1844 dans son Chant sacré. Puis Georges Bizet s’en empare pour son Arlésienne ou Jules Massenet dans son opéra Werther. Un intérêt qui ne diminue pas : au XXe siècle, le saxophone inspire Claude Debussy (Rhapsodie pour orchestre et saxophone), Maurice Ravel (dans le célèbre Boléro), Sergueï Prokofiev (pour son ballet Roméo et Juliette) et bien d’autres encore.

Intermezzo, L’Arlesienne, G. Bizet, Suite nr.2

Gold Men Sax

Ceux qui vont définitivement donner toutes ses lettres de noblesse au saxophone, qui vont en faire un instrument soliste, ce sont les jazzmen.

Pourquoi cet engouement ? Il pourrait y avoir autant de réponses que de saxophonistes, mais il semble que les artistes jazz aient trouvé dans cet instrument une inépuisable ressource sonore, une expressivité proche de la voix, et un son riche de mille et une nuances. Coleman Hawkins, Sidney Bechet (et son inimitable vibrato), Charlie Parker, John Coltrane, Maceo Parker : on ne compte plus les jazzmen devenus rois du saxo.

De plus, le saxophone séduit par sa ‘marginalité’. Bien qu’admis parmi les instruments de l’orchestre, il est toujours mis à l’écart des grands solos du répertoire classique. En France, il faut d’ailleurs attendre 1942 pour que s’ouvre enfin au Conservatoire National de Paris une classe dédiée au saxophone. La filière est créée par un certain Marcel Mule…

John Coltrane - My Favorite Things (Not Now Music)

Marcel, le prince des instruments à vent

On ne peut aborder le saxophone sans citer l’un de ses plus grands maîtres : Marcel Mule. Né en 1901, mort en 2001. Son père est saxophoniste dans la fanfare du village, mais il souhaite que son fils devienne instituteur. Marcel obéit d’abord à la volonté paternelle mais, têtu comme un(e) Mule, passionné de saxo, il finit par rejoindre l’orchestre de la Garde Républicaine.

Marcel Mule devient très vite le plus important saxophoniste français du XXe siècle : il participe notamment à la création du Boléro de Ravel, en 1928, et enseigne pendant vingt-six ans dans la classe de saxophone du Conservatoire de Paris. Marcel Mule a ainsi formé toute une génération d’interprètes reconnus, assurant au saxophone un bel avenir.

Marcel Mule plays Rapsodie by Claude Debussy

Saxo Pop !

Tout au long du XXe siècle, au-delà des frontières du jazz ou du répertoire dit classique, le saxophone inspire. Tous se le réapproprient. Les compositeurs de musique contemporaine, notamment : Luciano Berio, Philip Glass, John Adams…Ils ont tous les trois exploré les différentes nuances et facettes du saxophone.

Atem Sax Quartet - P. Glass - Saxophone Quartet - I -

Côté pop, le saxophone a conquis le cœur du grand public grâce à des solos devenus mythiques : dans Lady Madonna (1968) des Beatles, Money (1973) des Pink Floyd ou The Logical Song (1979) du groupe Supertramp.

Money - Pink Floyd

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