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Le piano électrique Rhodes et sa vibration venue de l’espace

Sylvain Siclier Le Monde du 27 aout 2015

mardi 3 avril 2018Joel-Yves

Herbie Hancock jouant sur un piano electrique

Pour un instrumentiste, un clavier est avant tout une question de toucher et de sonorité. Mais quand même, c’est aussi par le design initial de son capot arrondi, sensuel, que le premier modèle du piano électrique Fender Rhodes, le Mark I, commercialisé à partir de 1965, est identifié. Avec le Mark II, en 1979, le capot est devenu plus classiquement plat. Et ne porte plus que le nom de Rhodes, l’association avec la marque Fender s’étant arrêtée en 1974.

C’est à Harold Rhodes (1910-2000) que l’on doit ce piano électrique qui a fait fureur dans la soul music, le jazz à envies électriques et la pop de la fin des années 1960 au milieu des années 1970. Comme le rappelle le site dédié à l’instrument, Fenderrhodes.com, Rhodes est sollicité en 1942 par l’armée de l’air américaine pour mettre au point un instrument à clavier portable destiné aux soldats blessés. Lui-même pianiste, Rhodes avait développé quelques années auparavant une méthode réputée d’apprentissage du piano,

Avec ses 29 touches, ce piano constitue la première étape d’un autre instrument, le Pre-Piano de 1946, à 38 notes et avec un siège rattaché au châssis de bois, façon pupitre d’écolier. Sa version électrique, munie d’un amplificateur intégré, servira de base au Fender Rhodes, dont s’inspira son concurrent, Wurlitzer.

Durant plusieurs années, Rhodes va travailler sur son instrument. En 1959, il s’associe avec Leo Fender (1909-1991), le célèbre inventeur de guitares (Telecaster, Stratocaster…) et de basses (Precision Bass). Le Fender Rhodes Electric Piano, modèle dit « Suitcase », à 73 notes, avec en dessous du clavier un amplificateur, sort en 1965.

Jeu en légèreté

Un coffrage protégé par une toile plastifiée souple noire, le Tolex, comme pour les amplificateurs de guitare, un capot en fibre de verre et un système comparable à celui du piano acoustique. L’appui sur la touche envoie une impulsion électrique qui actionne un marteau en bois, qui frappe la corde au-dessus de laquelle se trouvent le résonateur et sa tige vibrante. Un capteur transmet le son.

Un modèle dit « Stage » suivra en 1969, avec des pieds métalliques repliables, un effet vibrato et la stéréo. Vers 1970, les marteaux reçoivent des éléments en caoutchouc dur, remplacés plus tard par du plastique. Le clavier est étendu aux quatre-vingt-huit notes du piano classique et des résonateurs torsadés et des potentiomètres sont inventés…

La grande force du piano Rhodes est sa sonorité, ou plutôt ses sonorités, qui ne vont guère changer avec les différents modèles (au moins jusqu’au Mark V, en 1985, dernier conçu par Harold Rhodes) : des harmoniques cristallins et légers d’une harpe à des grondements dans les basses. Avec toujours cet infime écho comme une vibration venue de l’espace et une bonne résistance à la saturation, lorsque l’on pousse le volume dans ses derniers retranchements.

Pour l’apprivoiser, il faut le jouer avec légèreté, en rebonds, éviter de plaquer trop lourdement des accords. Il se fera ainsi gouttelettes, comme sous les doigts de Ray Manzarek (1939-2013) dans l’une des plus intemporelles compositions des Doors, Riders on the Storm (1971). Avec George Duke (1946-2013), l’un de ses utilisateurs les plus créatifs, en solo comme avec Frank Zappa (1940-1993) au début des années 1970, le Rhodes est un formidable terrain de jeu.

Stevie Wonder en fit bon usage, comme Donald Fagen, dans la pop sophistiquée du groupe Steely Dan. Et puis, il y a sa présence historique dans la révolution électrique du trompettiste Miles Davis (1926-1991), au tournant des années 1960-1970. Des claviers joués à deux, parfois trois, par Joe Zawinul (1932-2007), Herbie Hancock – fan de toute innovation en matière de claviers –, Chick Corea ou Keith Jarrett en déflagrations, tourbillons et envols.

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