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« La Route de Memphis » : voyage au fil du blues dans l’histoire raciale des Etats-Unis

Florence Colombani, Le Monde du 24.02.2004

vendredi 6 avril 2018Joel-Yves

Richard Pearce

Deuxième film de la série consacrée au blues que produit Martin Scorsese (The Soul of a Man, de Wim Wenders, est sorti le 14 janvier), La Route de Memphis est un documentaire passionnant, qui dissimule, derrière l’émouvant hommage à une musique et à ceux qui la font, une réflexion sociale d’une singulière amertume. L’épaisseur dramatique du film tient au choix du réalisateur, Richard Pearce, de mettre en parallèle deux voyages.

Le premier est incessant : le chanteur Bobby Rush, sexagénaire flamboyant, est en tournée perpétuelle sur les routes des Etats-Unis. Sa vie suit une routine d’un genre particulier (« concert le soir, la nuit dans le bus, une autre ville le lendemain » et ainsi de suite).

Le second voyage, en revanche, est exceptionnel. Sur une initiative des W. C. Handy Awards, un concert commun réunit des stars du blues parties voilà longtemps loin de leur Tennessee natal. B. B. King, Little Milton, Rosco Gordon et Ike Turner se retrouvent donc à parcourir les rues de la ville où tout a commencé, Memphis.

Vorace, le film se nourrit de ces expériences diverses et profondes : le quotidien d’un vieux routier des concerts, que la gloire a ignoré ; l’émotion unique de musiciens habitués à tous les honneurs, qu’un lien indéfectible attache à leur ville. Filmer cela, c’est filmer la présence charnelle du blues dans la vie des musiciens et du public.

Très vite, la présence si forte du blues dans la vie des Noirs américains apparaît comme une forme de résistance aux pressions de la société blanche. Richard Pearce parcourt, caméra à l’épaule, Beale Street, quartier noir de Memphis et paradis du blues dans les années 1950. « Si un Blanc avait pu être noir pour une soirée et la passer à Beale Street à l’époque, il n’aurait jamais voulu redevenir blanc ! », résume un musicien. Or ce que l’on voit à l’écran, c’est le résultat d’une politique urbaine désastreuse, fruit de décennies de mépris et d’hostilité pour la culture afro-américaine. Beale Street a été défigurée, c’est tout juste un quartier touristique pour nostalgiques de l’âge d’or. Pour l’imaginer, il faut en chercher les traces sur des visages ridés, celui de l’émouvant Rosco Gordon par exemple.

C’est bien de cela qu’il est question dans La Route de Memphis, du mur invisible qui, d’une époque à l’autre, sépare les Noirs des Blancs. Tout un pan d’histoire américaine est contenu dans le destin de ces hommes. B. B. King, comme dans un conte de fées, est passé des champs de coton où il travaillait enfant à un emploi de disc-jockey chez WDIA, la première radio exclusivement noire. Le génial guitariste et chanteur a ensuite connu un succès international dans les années 1970.

LE TOURNANT D’ELVIS PRESLEY

Mais il faut aussi compter avec l’itinéraire de Bobby Rush, travailleur de force qui enchaîne les concerts pour gagner sa vie et n’a jamais touché qu’un public exclusivement afro-américain, comme si les Blancs persistaient à refuser d’entendre la musique des Noirs.

La séquence la plus impressionnante est consacrée aux retrouvailles d’Ike Turner et du légendaire producteur Sam Phillips. Dans les années 1950, le premier cherchait de nouveaux talents pour le compte du second. Joe Hill Louis, Rufus Thomas, Junior Parker... une longue suite de musiciens noirs de grand talent. Jusqu’à ce que Phillips confie cette musique à un petit Blanc, Elvis Presley.

Rigolard, Ike Turner suggère que le Blanc Phillips a volé leur musique. Richard Pearce capte cet extraordinaire moment de tension entre deux hommes qu’une histoire commune et une grande amitié rapprochent, et qui pourtant manquent de sombrer dans l’affrontement. Le nuage passe, Turner et Phillips tombent dans les bras l’un de l’autre. L’intelligence du cinéaste est de laisser la question en suspens flotter comme une menace muette, avant qu’un air de blues ne s’en fasse l’écho mélancolique.

Film américain. (1 h 29.)

La route de Memphis trailer

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