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« Du Mali au Mississippi » : exploration des racines du blues en compagnie de Corey Harris

Isabelle Regnier Le Monde du 24 mars 2003

jeudi 12 avril 2018Joel-Yves

« Du Mali au Mississippi »

Troisième film de la série sur le blues, Du Mali au Mississippi est signé du producteur et instigateur du projet, Martin Scorsese. Pour son voyage au cœur de la musique noire américaine, il a calé ses pas dans ceux du bluesman Corey Harris. Linguiste de formation, ce dernier a passé plusieurs années au Cameroun à étudier les dialectes anglo-africains. Dans l’enchevêtrement des racines du blues, de sa tradition orale, ce guide-narrateur traque les résonances, les associations d’idées, de rythmes, de sons, ainsi que les liens entre cette culture musicale et l’identité afro-américaine. Au début du film, il en donne l’enjeu : « Pour te connaître toi-même, il te faut connaître ton passé. »

Alors que Richard Pearce, dans La Route de Memphis, explorait cette histoire à partir du Tennessee, Corey Harris, lui, est parti de la région du delta intérieur du Mississippi. Puis il s’est transporté jusqu’en Afrique. Au début de son voyage, il s’entretient avec Dick Waterman, Sam Carr, Taj Mahal. Les noms d’Alan Lomax, Muddy Waters, Son House, John Lee Hooker sont évoqués, et Scorsese leur donne la parole en les intégrant à son film via des images d’archives. Le grain doux et sensuel de ses images tournées en DV sous les porches des maisons, dans les marais, se fond dans une douce harmonie avec les couleurs passées des archives filmées. Cela donne le sentiment que ces personnages sont tous sur le même plan. Son exploration le mène jusqu’à Detroit, l’un des berceaux du blues des usines et des ouvriers.

Pratiquement sans transition, la caméra se déporte en Afrique. La fluide continuité du voyage se rompt, comme s’est rompue l’histoire des Africains enlevés pour servir d’esclaves aux Etats-Unis. L’image elle-même change de texture, de couleur. De fait, cette partie du film ne fut pas tournée par Scorsese, mais par le producteur Samuel Pollard (Le Monde du 22 mars).

L’HISTOIRE D’UN PEUPLE

Corey Harris justifie cette rupture géographique en rebondissant par une sorte de pirouette rhétorique sur les propos d’Othar Turner. Entre deux airs de fifre joués sous le porche de sa maison, le musicien analyse la force de sa musique, la folle adhésion qu’elle suscite, comme étant entièrement liée à la puissance des tambours qui l’accompagnent. Or ces tambours, qui constituent la base de la musique africaine, ont longtemps été proscrits aux Etats-Unis, les esclaves n’ayant pas le droit d’en jouer. Leur arrivée dans le blues pourrait s’interpréter comme un retour du refoulé dans la musique noire américaine.

En Afrique, Corey Harris rencontre Salif Keita, Habib Koité, Ali Farka Touré, Toumani Diabaté. Il les invite à chanter, parle avec eux de musique, de la complainte amoureuse comme base commune au blues et à la musique africaine, de griots, ces troubadours gardiens de la tradition orale africaine.

Ce sont moins les origines de la musique des esclaves noirs qu’il semble avoir recherchées au long de son périple que les siennes. La musique est avant tout une piste pour reconstruire l’histoire d’un peuple qui fut brutalement coupé de ses racines. Plutôt qu’une généalogie, Corey Harris dresse un parallèle entre les musiques africaines et le blues. Il cherche un dénominateur commun, une forme de permanence, un pont, comme pour poser un nouveau jalon dans la construction de l’identité afro-américaine.

Film américain de Martin Scorsese. (1 h 17.)

Martin Scorcese : de Mali au Mississippi

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